Lettre mensuelle de l’association

Chers Amis,

À quelques jours du déconfinement, je vous espère en bonne santé et prêts à réapprivoiser, avec le plus de sécurité possible et en respectant scrupuleusement les consignes sanitaires, un peu de l’espace public délaissé durant sept semaines.

Je lisais, il y a peu, la chronique d’une jeune journaliste de Libération, Lilas Bass, tombée gravement malade du Coronavirus fin mars, qui relate sa « descente aux enfers » – elle a souffert d’une pneumonie entraînant une grande détresse respiratoire – puis la longue immobilité forcée et son extrême fatigue après sa sortie de l’hôpital, moment de pause incontournable durant lequel cette hyperactive professionnelle a pu s’interroger sur le rythme infernal qui avait jusqu’ici été le sien pour finalement découvrir le plaisir d’attendre et les bienfaits de renoncer à toute certitude.

À travers cet article infiniment touchant, elle confie que la maladie qui l’a affectée est, à ses yeux, le prix du déni de soi durant toutes les années où elle n’a ménagé ni sa peine ni son corps, elle dont ses employeurs comme ses proches saluaient la force de travail et la volonté, pour mieux se fondre dans la norme occidentale qui, en tous domaines, demande à chacun de « produire vite et plus ».

« Je vis depuis dans l’attente d’une entière guérison, dans une attente impotente, faible, passive, et j’apprends chaque jour à quel point j’avais, jusqu’à présent, fait fausse route », écrit-elle. Et d’ajouter : « Je ne puis que constater la tendresse de l’inaction, le désirable du laisser-aller, le bonheur de la contemplation sereine – de cet état qui ne produit rien, qui ne consomme rien, et qui est pourtant si profondément délicieux, comme la caresse du soleil printanier sur nos fronts reposés. »

Ces mots m’ont rappelé ceux d’une autre jeune femme, notre lumineuse Etty, qui, au sein de la tragédie de la Shoah, face à la perspective de sa mort prochaine, avait-elle aussi fait retour sur elle-même pour comprendre combien elle s’était fourvoyée jusqu’alors et combien il importait d’écouter la Vie qui continuait de bruire suivant son propre tempo, indifférent à la conjoncture, et de se lover dans sa douce étreinte.
En toute circonstance, garder le fil de la Merveille…

« C’est dans ce lâcher-prise, dans cette patience, dans cette retraite, dans l’acceptation de l’incertitude, le rejet des fausses croyances et le refus de se plier à nouveau aux injonctions productivistes que je guérirai, et que, peutêtre, nous guérirons tous et toutes », conclue la journaliste convalescente. Une phrase que je nous propose de méditer en vue du jour d’après.

A très bientôt,

Bien chaleureusement à tous,

Cécilia Dutter
Présidente 

Mai

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